Entreprise libérée et transformation digitale

ENTREPRISE LIBEREE ET DIGITALISATION

Entreprise libérée (EL) ?

Il y a plus qu’un effet de mode avec le phénomène de l’entreprise libérée (EL). Décathlon l’a mis en œuvre depuis trois ans dans certains magasins.

En quoi l’entreprise libérée s’affranchit-elle des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de celui-ci ? Car, cela impacte l’organisation et modifie sensiblement les profils de poste et les compétences requises.

Pour répondre à ces questions, je me suis appuyé sur cette enseigne. Il en ressort que l’entreprise libérée est à la fois dans la continuité du modèle participatif et en rupture avec celui-ci. En effet, si elle parvient à en surmonter certains écueils, les difficultés liées à sa mise en œuvre n’en sont pas pour autant négligeables.

Décathlon et l’entreprise libérée

Chez Décathlon, les managers s’accordent pour dire que le projet  mené par Michel Aballea « Liberté et Responsabilité » (Vision 2026) depuis trois ans est ambitieux et surtout nécessaire. « L’objectif étant de revenir aux sources mêmes du management chez Decathlon : favoriser la responsabilité et le bien-être des collaborateurs. Ils sont tous d’accord pour dire que cela prendra du temps. On pourrait même aller jusqu’à dire que Decathlon sera à partir de maintenant en questionnement continuellement. La libération est un processus qui prend du temps et qui peut s’étaler sur plusieurs années » (Camille Creton).

Une  structure et des informations à optimiser

Lorsqu’ils abordent la notion de liberté, les collaborateurs font référence à l’autonomie et au droit à l’erreur. Il s’agit de deux valeurs managériales fortes sur lesquelles Decathlon a bâti sa réputation.

Selon un collaborateur  : « Dès le début, j’ai eu de la liberté et des responsabilités et c’est ce qui me fait encore rester 20 ans après ». L’autonomie fait d’ailleurs partie d’une des valeurs de Decathlon et est plutôt bien  respectée.  Une réserve est cependant faite au niveau du droit à l’erreur. Car si une prise de risque est favorisée au niveau individuel et la réussite très bien vue, certains collaborateurs redoutent cependant de prendre des initiatives.

Le processus de libération impacte les collaborateurs dans leur pratique professionnelle. Ils déplorent le manque d’information : « on manque d’explications claires, de ce fait chacun interprète le projet  à sa manière».

Les collaborateurs sont incités à écrire un projet opérationnel dans leur périmètre et de le mettre en œuvre. Ce qui n’est pas un exercice simple.

Enfin pour certains, il y a parfois une marge entre le discours et la réalité. En effet, certains ressentent encore le besoin d’un manager qui leur donne les grands axes de travail pour devenir « Freelancer » (intrapreneur).

Le personnel perçoit un manque d’informations et de sens  ainsi qu’ un blocage face à une structure qui n’a pas encore été suffisamment adaptée.

Quelques enseignements

Il reste que dans certains secteurs d’activité, à horizon de deux à trois ans, les bénéfices sont appréciables en terme d’engagement du personnel et d’Excédent Brut d’Exploitation (EBE). L’EL se prête bien à la jeunesse et au niveau de formation du personnel de Decathlon, à leur passion pour le sport également. Cela est moins duplicable pour d’autres entreprises.

Origine de l’entreprise libérée

L’ouvrage « Liberté & Cie » d’Isaac Getz et Brian M. Carney (pour la France, 2012, chez Fayard et pour l’édition originale, 2009, « Freedom, Inc. », chez Crown Business) est à l’origine du concept. Getz et Carney reprennent et développent ce concept, des travaux de Tom Peters en 1993.

Il désigne une organisation caractérisée, selon ces deux auteurs, par un respect des collaborateurs considérés comme des adultes pleinement responsables.

Voici une recension sur ce concept, publiée par www.strategie-aims.com.

EL

Entre libération et délibération

La notion d’EL est un nouveau paradigme pour organiser le travail. Mais, qu’en est-il dans les situations concrètes ?  On constate que le processus de libération est tout sauf linéaire. Le changement nécessite un intense travail d’organisation. (Patrick Gilbert professeur des universités à IAE Paris 1 et Sorbonne Business School)

Et, ce changement peut concerner la transformation digitale engagée depuis peu dans de nombreux domaines d’activité.

Ainsi, libérer l’entreprise dans une approche du processus « top down » rencontre des limites notables.

Car, la réflexion sur son articulation entre les orientations stratégiques et les réalités opérationnelles, est parfois occultée. La notion d’EL ne permet donc pas toujours d’organiser une délibération collective. Il faut que cette libération se fasse sur la base d’une certaine délibération. (Thierry Rousseau et Clément RuffierRevue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels n°56, novembre 2017)

Conduite de la transformation digitale

Transformation digitale ?

La transformation digitale, ou transformation numérique, désigne le processus qui consiste, pour une organisation, à intégrer pleinement le digital dans l’ensemble de ses activités.

Elle entraîne des évolutions comportementales profondes. En effet, les nouvelles technologies modifient le management. Elles donnent lieu à de nouveaux usages, des façons innovantes de commercer et de communiquer. Si bien que, la transformation numérique des entreprises s’avère être plus un sujet culturel que technologique.

Elle suppose une véritable problématique de conduite du changement de leurs collaborateurs. Grâce à l’EL, les entreprises repensent leurs processus, leurs modes de fonctionnement, leurs pratiques managériales, et leur culture d’entreprise.

Le cas d’Air Liquide

Air Liquide mène un projet baptisé Connect  qui s’inscrit dans la démarche d’usine du futur du groupe . Il vise à mettre en place un centre d’opération et d’optimisation à distance des sites de production du groupe en France. Il introduit les technologies digitales dans les métiers de la production.

L’innovation ne se cantonne pas à la seule technologie. Les méthodes de travail adoptées participent elles aussi de la démarche innovante qui s’apparente à l’EL. Connect est ainsi une illustration du concept émergent de Change Digital. La collaboration avec leurs utilisateurs finaux selon des méthodes expérimentales et agiles permet de faire les bons choix. La démarche adoptée est celle de l’innovation ouverte et collaborative pour relier les hommes et la technologie.

Ces technologies  constituent également une ressource pour des actions de formation et de travail en réseau. (Karine Boissy-Rousseau, Des projets digitaux à la transformation digitale de l’entreprise in Réalités Industrielles )

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